Interview de la karatéka, Alexandra Recchia, après sa victoire lors de l’Open de Paris
MODERNES – Vous avez gagné l’Open de Paris en combat individuel -50 kg lors d’une finale remporté 10 points à 0, qu’est-ce qui a provoqué ce parcours sans faute ce jour-là ? Le mental ?
ALEXANDRA RECCHIA – J’avais surtout besoin de la victoire pour reprendre confiance ! C’était même vital. Je n’avais pas gagné depuis les championnats d’Europe en mai et je le vivais très mal. Il fallait que je me persuade que la diminution de ma quantité d’entraînement n’influerait pas sur ma performance. Je suis quelqu’un qui pense que sans effort on ne peut pas y arriver… Malheureusement avec mon stage en cabinet d’avocat j’ai beaucoup moins de temps pour le karaté. Je m’étais aussi préparé toute la semaine en faisant de la visualisation mentale afin de ne pas passer à côté.
ALEXANDRA RECCHIA – L’équipe de France n’avait pas brillé depuis longtemps sur le plan international, en tout cas pas à ce point-là. Nous sommes redevenus une nation forte du karaté. Nous faisons peur, mais il ne faut pas oublier que la génération actuelle brille sur les tatamis et sur la scène internationale depuis 2008 pour la plupart! Nous avons aussi eu nos années de galères et d’échecs, cela nous a renforcés. Les entraîneurs nous ont laissé mûrir et c’est aujourd’hui un travail de longue haleine qui aboutit.
MODERNES- Vous êtes un petit gabarit, cela a-t-il un jour été désavantageux ?
ALEXANDRA RECCHIA – Jamais ! Pourtant avant de m’affirmer comme leader française de la catégorie, j’évoluais dans la compétition par équipe, là où le poids ne compte pas ! Depuis mon plus jeune âge, j’ai l’habitude de combattre des filles beaucoup plus grandes que moi mais aussi des garçons, du coup je n’ai jamais eu peur. Je joue aussi sur mes points forts, notamment la mobilité et l’explosivité pour surprendre. Et puis les grandes n’aiment pas forcément combattre contre des petites, elles sont gênées car on bouge beaucoup et il y a moins de surface à taper !
MODERNES- Vous êtes au Budo Club de Savigny, comment s’organisent vos séances ?
ALEXANDRA RECCHIA – Le lundi et mardi c’est entraînement au pôle France au CREPS de Châtenay-Malabry avec mon entraîneur national Yann Baillon. Le mercredi je fais une séance de cardio tôt le matin avant d’aller au travail. Jeudi c’est l’entraînement combat compétiteur au club de Savigny avec Florian Malguy. Vendredi séance de musculation au CREPS de nouveau et le samedi soit on est en stage équipe de France, soit en compétition, soit en combat au club. Le dimanche généralement c’est repos !
MODERNES- Quelles sensations vous apporte le combat ?
ALEXANDRA RECCHIA – La sensation de se surpasser continuellement, de dépasser ses limites physiques et mentales, une sensation de surpasser l’autre également, une façon de s’exprimer aussi. Sur le tatamis je deviens différente, il n’y a que la performance qui compte, se faire plaisir en plaçant de belles techniques, toujours aller plus loin dans la rigueur et le travail.
MODERNES- Quels sont vos prochains objectifs ? L’Open de Dubaï ? La remise en jeu de vos titres ?
ALEXANDRA RECCHIA –
L’Open de Dubaï est une compétition importante mais pas décisive puisque je combattrais dans la catégorie des – 55 kg, les catégories sont réduites là-bas. Toutefois on cherche toujours la victoire et les bonnes sensations. L’objectif cette saison est bien entendu de conserver mon titre européen et mon titre mondial. Ça serait une belle performance surtout avec mon rythme de vie! Cela serait une immense fierté.
MODERNES- Gilles Dumas, le co-fondateur de Sportlabgroup a déclaré : « Il n’y a plus de femme égérie du sport français ». Etes-vous du même avis ?
ALEXANDRA RECCHIA – Je ne me suis pas forcément posé la question auparavant mais il est vrai qu’il manque aujourd’hui une sportive française en tête d’affiche pour représenter les valeurs olympiques et les valeurs morales de notre société. Pour autant je n’ai vraiment pas la prétention de pouvoir représenter le sport féminin français même si ce serait un très grand honneur et une énorme reconnaissance ! A mon échelle, je suis marraine UNSS karaté et j’essaye de m’investir autant que possible pour les jeunes afin qu’ils aient une image juste du sport, mais aussi de leur vie future. Beaucoup s’investissent dans leur sport et délaissent leurs études, une grosse erreur selon moi !

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