Trois jours après les pluies torrentielles, les inondations et les coulées de boue qui l'ont dévastée, faisant 42 morts et 32 disparus selon un bilan encore provisoire, l'île de Madère se demande si elle n'a pas payé, en l'espace de quelques heures, le prix fort de son miracle économique.
Au cours des trois dernières décennies, cet archipel portugais situé dans l'Atlantique, à 500 kilomètres au large des côtes du Maroc, est passé de l'extrême pauvreté à la prospérité. Grâce aux 800 000 touristes qui y séjournent chaque année, la "perle de l'Atlantique" a vu son revenu par habitant dépasser de 25 % la moyenne nationale.
Outre le développement urbanistique, une étude de l'université d'Aveiro (Portugal) soulignait récemment les risques liés à la déforestation. Baptisée "l'île boisée" lors de sa découverte en 1419, Madère a perdu dès le siècle suivant l'essentiel de sa forêt au profit de cultures. Les chercheurs d'Aveiro réclamaient un plan de reforestation : "Il serait opportun de repenser la lutte contre la désertification des montagnes, afin de diminuer les conséquences des inondations et d'augmenter les réserves hydriques", écrivaient-ils.
Dans l'immédiat, Madère commence à soigner ses plaies, dans la crainte de voir le bilan humain s'alourdir encore. Mardi matin, les sauveteurs concentraient leurs efforts sur le parking souterrain encore inondé d'un centre commercial de Funchal à la recherche de personnes disparues. Hors de la capitale, ce sont les localités de la côte ouest qui suscitaient le plus de préoccupations. Des centaines de riverains ont été évacués par crainte de nouveaux éboulements dans une zone où des tronçons entiers de l'autoroute qui fait le tour de l'île se sont effondrés.
Le gouvernement portugais a décrété trois jours de deuil national, et le président de la République, Aníbal Cavaco Silva, devait se rendre sur l'île, mercredi 24 février, pour témoigner sa solidarité à la population. Lisbonne a aussi annoncé qu'elle solliciterait le Fonds de solidarité de l'UE pour la reconstruction. "Nous devrions pouvoir apporter un soutien significatif", a répondu le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Le Portugal avait bénéficié de ce Fonds après les incendies de forêt catastrophiques de l'été 2003, alors que M. Barroso était premier ministre.
LE MONDE 23.02.10 14h35 (abrégé)
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