
Dire que l’année 2008 a été positive sur le plan international serait sans doute exagérément optimiste. Depuis le début du millénaire, à l’heure de tirer des bilans stratégiques, la colonne des mauvaises nouvelles l’emporte, hélas, régulièrement sur celle des bonnes nouvelles. Les rares espoirs de fin d’année sont régulièrement balayés par les réalités des mois suivants, alors que les perspectives pessimistes sont pour leur part généralement confirmées.
Ainsi, fin 2007, l’un des facteurs d’optimisme était les suites de la Conférence d’Annapolis au cours de laquelle le Président Bush s’était engagé à parvenir à un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens avant la fin de son mandat. Rien de tel n’est survenu, seuls les plus naïfs pouvaient y croire vraiment, et c’est au contraire sur un déluge de feu sur Gaza que l’année 2008 a pris fin.
L’année 2008 s’est aussi terminée sur les terribles attentats de Bombay faisant craindre la montée des tensions voire un affrontement entre l’Inde et le Pakistan et des violences intercommunautaires en Inde. Ces attentats font écho à l’assassinat de Benazir Bhutto sur lequel 2007 s’était clos.
2008 aura été l’année de cette terrible crise financière, née aux Etats-Unis mais qui s’est étendue au monde entier. Du fait de l’importance de l’économie américaine, lorsque les Etats-Unis éternuent, c’est le reste de la planète qui s’enrhume. Cette crise atteint par contre-coup la Chine pour laquelle le marché américain est essentiel pour le maintien de sa croissance. Les pays qui exportent en Chine craignent ainsi à leur tour des répercussions négatives. Dans le monde entier, la crainte du chômage et de la récession, voire de la faillite, se ressent chaque jour. Et le pessimisme des consommateurs constitue un facteur d’aggravation de la crise.
Pour la Chine, cette crise vient jeter une zone d’ombre sur une année qui aura été réussie avec le succès des Jeux Olympiques. Pékin a été au centre du monde, a rempli ses objectifs et à assumer son rang aussi bien sur le plan sportif que sur le plan organisationnel. Le triomphe symbolique – et les symboles comptent en cette ère de communication – a confirmé la montée en puissance de la Chine.
Côté Russie, l’effondrement du cours des matières premières énergétiques freinent ses ardeurs. Mais elle a su marquer un coup d’arrêt brutal aux humiliations stratégiques subies dans une période récente, lorsqu’elle a défait l’armée géorgienne équipée par les Etats-Unis. Poutine a réussi sa transition du pouvoir en confiant la présidence à Mevdevev, un de ses proches, qui partage sa vision du rôle de la Russie dans le monde. La Russie, si elle n’est toujours pas populaire, est du moins de nouveau crainte et respectée sur la scène internationale.
L’Europe, qui désespère régulièrement ses plus chauds partisans a, quant à elle, su parler d’une seule voix aussi bien lors de la guerre entre la Russie et la Géorgie que lorsqu’il a fallu faire face à la crise financière ; elle a donc été plus audible et a su jouer un rôle beaucoup plus important que d’habitude. C’était d’autant plus visible que George W. Bush donnait l’impression d’avoir déjà quitté la Maison Blanche. Il y avait un vide de pouvoir à Washington. La Chine, la Russie et l’Europe se sont donc renforcées cette année.
Mais la grande nouvelle de 2008 aura été l’élection de Barack Obama, qui a redonné un sourire aux Etats-Unis. Sa victoire est bien sûr importante sur le plan intérieur américain car elle marque une fantastique avancée sur les questions raciales. Elle est surtout importante pour le reste du monde, désireux de tourner la catastrophique page des années George W. Bush et de voir les Etats-Unis revenir à une politique moins agressive, moins dangereuse et plus multilatérale. Mais cette bonne nouvelle, si elle doit être saluée, ne peut faire tomber dans une un optimisme excessif. C’est parce que la situation était catastrophique aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan international que Barack Obama a été élu. Il doit donc faire face à une tâche gigantesque et quelles que soient ses indéniables qualités, il n’est pas magicien. Mettre fin à la crise économique et sociale américaine, éviter la montée du chômage, assurer une sortie digne et calme d’Irak, gagner la guerre en Afghanistan, refonder un nouveau lien transatlantique, gérer de façon pacifique le dossier iranien pour assurer une sortie de crise, régler enfin la question palestinienne en s’y attelant au début de son premier mandat, et non pas à la fin de son second, tout en surveillant comme le lait sur le feu le dossier indo-pakistanais et inter-coréen. Bâtir une relation apaisée avec Moscou et Pékin, prendre en compte les pays émergents. Sans oublier la lutte contre le réchauffement climatique et la gouvernance économique internationale, voilà les défis auxquels Barack Obama devra s’attaquer.
par Pascal Boniface, directeur de l’IRIS
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